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Le téléphone du vent

Le téléphone du vent : la cabine téléphonique japonaise où on fait son deuil "en parlant" avec le défunt. On l’appelle le kaze no denwa ou le « téléphone du vent ». Les fils du téléphone de la cabine ne sont en effet reliés à rien. Sauf au vide. Ou au vent, qui porte les soupirs des défunts, les murmures des fantômes de nos aimés et de nos disparus.

La perte d'un être cher est l'une des plus grandes tragédies auxquelles nous devons tous faire face dans notre vie. Beaucoup semblent ne jamais se remettre de l'événement ; qu'ils soient des amis proches ou des parents de sang, il n'est jamais facile de surmonter un chagrin. Très souvent, certains des plus proches parents du défunt, ou même ses amis, n'ont pas eu l'occasion de lui dire au revoir avant son décès, quand celui-ci s'est produit soudainement.

Pour remédier à cela, l'idée japonaise originale et poétique de "Kaze No Denwa", littéralement "la cabine téléphonique du vent", s'en charge. Située sur une colline dans la ville japonaise d'Otsuchi, cette cabine a été conçue en 2010 sans avoir la fonction qu'elle a aujourd'hui.

Itaru Sasaki a perdu son cousin lors du terrible tsunami de 2011, et depuis lors, il a toujours voulu rester en contact avec lui, même s'il n'est maintenant plus de ce monde. C'est pourquoi Sasaki a créé un espace intime où les plus proches des défunts peuvent "parler" une dernière fois avec ceux qui ont soudainement perdu.

Sasaki a rénové la cabine téléphonique en y insérant un agenda où les amis et la famille peuvent laisser un dernier message à la personne disparue, et un téléphone avec un combiné qui n'est connecté à aucune ligne téléphonique. C'est pourquoi, comme le dit Sasaki : "Si certaines pensées ne peuvent pas être transportées par la ligne téléphonique, je veux qu'elles puissent au moins être portées par le vent."

Et maintenant, des milliers de curieux de tout le Japon affluent vers le petit village d'Otsuchi pour laisser un dernier message d'amour à ceux qui ne sont plus sur cette Terre. Comme le dit l'homme de 72 ans qui a créé cette cabine téléphonique, "le téléphone n'est pas branché, et pourtant les gens croient que leurs morts écoutent encore à l'autre bout du fil. Je veux que les gens expriment leurs sentiments avant qu'il ne soit trop tard. D'une manière ou d'une autre."

Et il n'y a certainement pas de façon plus poétique et plus intime de dire adieu à un être cher que de laisser s'envoler nos derniers mots grâce à la ligne téléphonique invisible du vent. Ils pourraient vraiment nous écouter.

Petit Nuage